Les Fragiles

Les Fragiles

Maud Robaglia

Le Masque

  • 7 avril 2021

    société

    Quelle drôle d’histoire ! Nous sommes placé du côté de Jérémiade (qui ne se plaint pourtant jamais dans ces pages). Jérémiade est triste depuis que son mari est décédé. Jusqu’ici, c’est normal.

    Sauf que la société dans laquelle elle vit ne doit afficher que du bonheur.

    J’ai aimé découvrir ce monde étrange aux injonctions à la joie de vivre (des fêtes sont même organisées pour le rappeler).

    J’ai aimé découvrir la fille de Jérémiade qui fait son possible avec son mari jamais content, et son enfant à naître. Même si on sent qu’elle est proche de la rupture.

    J’ai aimé le miroir tendu par l’auteur à nous lecteur : n’aurions-nous pas droit, nous aussi, à des moments de déprime bien compréhensibles ?

    L’image que je retiendrai :

    La scène finale qui montre que Jérémiade n’a pas du tout envie de mourir.

    https://alexmotamots.fr/les-fragiles-maud-robaglia/


  • 1 février 2021

    Un premier roman remarquable

    Ce roman est l'histoire d'une crise sanitaire qui est aussi une crise morale. Alors qu'un pays est touché par une vague de suicides sans précédent, la population panique et les autorités déboussolées ne savent plus quelle mauvaise solution choisir. On ne peut qu'être frappé par la résonnance du sujet avec l'actualité...

    Au-delà de l'histoire, l'originalité du livre tient dans son écriture. Le récit est centré sur un personnage, Jérémiade, dont on suit le destin dans ce monde en crise. Jérémiade est une "Fragile", le nom que les éléments bien-portants de la société donnent aux suicidaires et à toute personne dont le mal-être apparent pourrait laisser craindre un passage à l'acte. En ce concentrant sur une trajectoire personnelle, plutôt que sur la description d'un monde en crise, le roman échappe habilement aux lourdeurs du roman dystopique. Sans jamais tomber dans le démonstratif, il arrive à garder une voix intimiste, émouvante et nuancée.

    À travers Jérémiade et son entourage, l'auteur déroule en douceur et avec humour des thématiques lourdes qui pourraient facilement être plombantes : le mal-être existentiel, l'impuissance face au malheur des autres et l'hostilité qu'il peut même susciter. Dans le livre, les bien-portants craignent les Fragiles plus qu'ils ne les plaignent, car ils les confrontent à leur propre fragilité. Dans une époque où les injonctions des médias et de la publicité font du bonheur un devoir plus qu'un droit, cette possibilité du malheur est insupportable et peut nous conduire à prendre les pires décisions.

    La lourdeur du sujet est heureusement équilibrée par la légèreté de l'héroïne. Jérémiade est touchante, sensible, à la fois lucide et inconséquente. La conclusion du récit, inattendue et symbolique, apporte une lueur d'espoir dans un monde bien sombre. Bien plus que sa fragilité, c'est finalement la liberté du personnage qui impressionne.

    Il faut un sacré travail d'écriture pour faire d'un sujet aussi grave un récit distrayant et même palpitant. La vivacité de son style et l'actualité de son histoire, font des Fragiles un premier roman remarquable et de Maud Robaglia une nouvelle plume prometteuse.


  • 1 février 2021

    Humanité fragile

    Ce roman est l'histoire d'une crise sanitaire qui est aussi une crise morale. Alors qu'un pays est touché par une vague de suicides sans précédent, la population panique et les autorités déboussolées ne savent plus quelle mauvaise solution choisir. On ne peut qu'être frappé par la résonnance du sujet avec l'actualité...

    Au-delà de l'histoire, l'originalité du livre tient dans son écriture. Le récit est centré sur un personnage, Jérémiade, dont on suit le destin dans ce monde en crise. Jérémiade est une "Fragile", le nom que les éléments bien-portants de la société donnent aux suicidaires et à toute personne dont le mal-être apparent pourrait laisser craindre un passage à l'acte. En ce concentrant sur une trajectoire personnelle, plutôt que sur la description d'un monde en crise, le roman échappe habilement aux lourdeurs du roman dystopique. Sans jamais tomber dans le démonstratif, il arrive à garder une voix intimiste, émouvante et nuancée.

    À travers Jérémiade et son entourage, l'auteur déroule en douceur et avec humour des thématiques lourdes qui pourraient facilement être plombantes : le mal-être existentiel, l'impuissance face au malheur des autres et l'hostilité qu'il peut même susciter. Dans le livre, les bien-portants craignent les Fragiles plus qu'ils ne les plaignent, car ils les confrontent à leur propre fragilité. Dans une époque où les injonctions des médias et de la publicité font du bonheur un devoir plus qu'un droit, cette possibilité du malheur est insupportable et peut nous conduire à prendre les pires décisions.

    La lourdeur du sujet est heureusement équilibrée par la légèreté de l'héroïne. Jérémiade est touchante, sensible, à la fois lucide et inconséquente. La conclusion du récit, inattendue et symbolique, apporte une lueur d'espoir dans un monde bien sombre. Bien plus que sa fragilité, c'est finalement la liberté du personnage qui impressionne.

    Il faut un sacré travail d'écriture pour faire d'un sujet aussi grave un récit distrayant et même palpitant. La vivacité de son style et l'actualité de son histoire, font des Fragiles un premier roman remarquable et de Maud Robaglia une nouvelle plume prometteuse.


  • 29 janvier 2021

    Rendez-vous manqué.

    Voilà un roman qui va être difficile à chroniquer.
    Les Fragiles, de Maud Robaglia, est un roman puissant, qui démontre et qui dénonce, avec une réelle acuité les travers de notre monde.

    Le message est profond, le propos intelligent. Et pourtant, j’en suis restée à distance.

    Après une vague de suicides sans précédent, décision est prise de surveiller, dénoncer et soigner les « Fragiles ».
    Dans cette société, aucune faiblesse n’est plus permise, puisqu’elle peut ouvrir la porte au désir de mourir.
    On la traque donc, pour la faire disparaître autant que pour s’en protéger, tant on a peur qu’elle puisse être contagieuse.
    Jérémiade est une femme entière, pleine de contradictions.
    Mère aimante, amante comblée, elle n’est pourtant pas réellement heureuse.
    Elle est Fragile. Elle le sait. Mais elle sait aussi ce qu’elle risque si on venait à le découvrir.
    Pourtant elle a conscience que les autres, les Vivants, ne sont, pour la plupart, pas plus forts qu’elle.
    Ils savent juste mieux faire semblant...
    Le jour où sa fille et son beau-fils décident de la faire soigner, elle va découvrir ce qu’il se passe réellement de l’autre côté de la barrière.
    Le résultat en sera-t-il une envie de se relever, ou au contraire de rester à terre ?

    Oui, clairement ce roman est brillant.
    Pourtant je n’ai pas réussi à entrer en empathie, ni avec les Fragiles, ni avec les Vivants.
    Chacun me semblait trop extrême, trop opposé.
    J’aurais aimé plus de complémentarité. Peut-être un peu plus de nuances dans l’approche, aussi.

    Est-ce la plume ou la trame qui m’a à ce point poser en spectatrice ? Plusieurs jours après ma lecture, je n’ai pas encore de réponse tranchée à ce question.
    Ce que je sais c’est que c’est un roman que je n’oublierai pas.

    À la fois terriblement dérangeant dans le sujet (parce qu’il touche à un problème auquel nous avons tous été confrontés, directement ou indirectement), profondément actuel dans le fond (parce que parfait reflet de cette société où nous nous contrôlons tous sans cesse), et incontestablement visionnaire dans la forme, c’est une véritable expérience de lecture.

    N’hésitez pas à vous faire votre propre avis sur ce petit ovni littéraire.